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21 janvier 2026 Loyola

Colloque Université Loyola – CDCE du 6 décembre 2025

Une intervention magistrale d’Alain Thomasset et d’Hélène Bricout :

« Les conséquences morales et sacramentelles d’Amoris laetitia. »

(En attendant la parution des actes du colloque, ce que nous en avons retenu N&C Mignonat)

L’intervention rappelle dans son introduction que l’exhortation appelle à un déplacement pastoral dans l’accompagnement de toute situation familiale bien au-delà des focalisations sur les situations « dites irrégulières » (Divorcés remariés et personnes homosexuelles) et rappelle le principe fondamental que l’accompagnement et le discernement concernent toute vie chrétienne et pas seulement les situations complexes.

Dans une première partie Alain Thomasset pointe les évolutions de la théologie morale que porte Amoris Laetitia, fondée sur le consensus des évêques lors des deux synodes sur la famille : l’idéal du mariage et de la famille et la miséricorde inconditionnelle et intégratrice de toute situation.

Cela implique une triple conversion :

  • conversion du regard (celui du Christ dans la rencontre de la réalité),
  • conversion de la compréhension du mariage : un chemin de croissance progressive au milieu des fragilités et non un concept normé (cf. Gaudium et Spes 48),
  • conversion pastorale : un accompagnement patient en vue d’une intégration et non la vérification d’une conformité,  et pour les situations singulières, avoir une confiance en la conscience éclairée des personnes et en la grâce divine afin d’éviter tout jugement condamnatoire définitif.

Cette évolution pastorale morale est parfaitement fondée théologiquement dans la Tradition de l’Eglise :

  • prise en compte de la gradualité de la vie morale déjà présente dans Familiaris Consortio mais qui n’a pas été vraiment mise en pratique,
  • discernement entre des situations qui ne sont pas équivalentes,
  • prise en compte des circonstances atténuantes réduisant ou annulant l’imputabilité (déjà prévues par le Catéchisme de l’Eglise Catholique mais oubliées),
  • insuffisance des normes objectives pour couvrir toutes les situations sans prendre en considération la responsabilité personnelle et la conscience éclairée,
  • mise en œuvre de la logique de la miséricorde pastorale, Miséricorde vérité révélée en la personne du Christ (cf. Misericordiae Vultus)

Concernant l’accès aux sacrements et le discernement :

  • Il ne peut pas y avoir une nouvelle législation générale mais un discernement personnel et pastoral de chaque situation,
  • Il est nécessaire de distinguer péché objectif et imputabilité subjective (personnelle) avec l’aide de l’Eglise (y compris sacramentelle [en référence à AL 305 note 351]),
  • Le canon 915 du code de droit canonique, qui envisage que « …ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion »,  ne peut pas être interprété comme une norme générale mais doit faire l’objet d’un  discernement au for interne.
  • Les orientations diocésaines doivent prévoir un cadre d’accompagnement et de discernement à la fois personnel et pastoral qui sort du permis/défendu dans une approche miséricordieuse et positive où l’accès aux sacrements est possible.

Dans une seconde partie Hélène Bricout vient confirmer que ce renouveau pastoral s’appuie sur la théologie sacramentaire. Les objections à Amoris Laetitia dérivent d’une théologie incomplète de l’eucharistie et de la réconciliation.

L’exhortation  Familiaris Consortio de 1981 doit être sérieusement réexaminée :

  • Le passage clé FC 84 porte en soi sa propre contradiction : discernement des situations différentes mais exclusion universelle qui annule le discernement, une discipline conséquence « logique » d’un état objectif mais l’absence de relations sexuelles dans ce même état objectif en annule la conséquence disciplinaire.
  • Le contexte historique est changé : le code de droit canonique de 1917 définissait le mariage comme donnant « un droit au corps ». La nouvelle union est perçue comme une transgression au « droit au corps »,  ce qui est une vision juridique et scolastique dépassée.
  • L’interprétation du lien mariage – eucharistie selon Ephésiens 5 est erronée : il y a confusion entre le signe sacramentel imparfait et la réalité parfaite d’où une fausse compréhension de l’analogie mariage alliance humaine imparfaite et Nouvelle Alliance Christ/ Eglise parfaite. Et  bien évidemment une séparation conjugale n’a pas le pouvoir d’altérer l’Alliance Christ/ Eglise,
  • Avec le nouveau code de droit canonique de 1983 on change totalement de paradigme : le mariage est dorénavant une communauté de vie ordonnée au bien des conjoints et à l’accueil et au soin des enfants,  l’enjeu n’est plus la sexualité mais la communauté de vie, la discipline issue de Familiaris Consortio est devenue incohérente avec les fondements théologiques actuels.

Il est donc nécessaire de revenir sur la finalité et la logique des sacrements :

  • Le baptême est fondement et source indéfectibles. Les autres sacrements, signes de la miséricorde divine, sont des remèdes ou des nourritures et non des récompenses. Leur réception correspond à un besoin et non à une dignité que de toute façon personne ne possède.
  • Les divorcés remariés sont des membres vivants de l’Eglise et ont les mêmes droits que tous les baptisés. Le don sacramentel (don divin pain descendu du ciel cf. Jean 6) n’est pas conditionné par la perfection et l’Eglise ne peut pas en faire sa propriété.
  • Le regard pastoral des communautés et des pasteurs doit se convertir : les paraboles et les rencontres du Christ dans l’Evangile rejettent la logique du jugement, refuser les sacrements sans discernement relève de la « paresse pastorale, voire de la maltraitance spirituelle. Cela implique de consacrer du temps pour permettre l’écoute et le dialogue.
  • Les sacrements sont également instruments d’intégration et de communion ecclésiale : la finalité des sacrements et de l’Eglise elle-même est le salut des âmes, le bien spirituel des fidèles et le témoignage de la miséricorde de Dieu. Leur exclusion contredit cette finalité et revient à nier cette miséricorde divine.

Dans sa conclusion l’intervention confirme qu’Amoris Laetitia est solidement fondée sur une cohérence entre théologie morale et théologie sacramentaire. Amoris Laetitia ouvre un chemin d’intégration et de discernement, certes pour toute personne concernée, mais surtout un chemin de conversion pastorale pour l’Eglise et ses communautés ecclésiales qui sont appelées à accompagner, à intégrer tous les fidèles et à discerner que leur paresse pastorale ou leurs résistances actuelles sont autant d’obstacles à la construction de la communion ecclésiale et de l’unité du Corps du Christ.

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