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Ecrit de Mrg Soubrier

Mgr Georges Soubrier
Évêque de Nantes
Supplément à Eglise de Nantes n° 21
13 décembre 2003

Cette question et les réponses que nous pouvons lui apporter ne prennent pas en compte toute la situation des personnes divorcées et séparées. Au cours de leur Assemblée plénière de novembre 2002, les évêques de France se sont ainsi exprimés dans une des onze orientations relatives à la pastorale du mariage :


 » Tout divorce implique des souffrances. Nous ne jugeons pas celles et ceux
qui y ont recours ou qui y sont contraints.
Par fidélité au caractère unique et définitif de leur mariage, certaines personnes divorcées choisissent de ne pas se remarier. Nous reconnaissons la grandeur de ce choix conforme à l’appel de l’Évangile.
D’autres décident de contracter une nouvelle union civile. Certaines veulent
être accompagnées par la prière de l’Église dont elles sont et demeurent
membres. Une telle prière ne peut pas prendre la forme d’une célébration
Par respect de la cohérence entre les deux sacrements de l’Alliance, l’eucharistie et le mariage, l’Église leur propose différents modes de participation à sa vie ainsi que des moyens d’accompagnement pour un cheminement spirituel « .

Le Service diocésain de Pastorale familiale a mené une réflexion importante sur les attitudes pastorales à l’égard des personnes séparées, divorcées, divorcées remariées. Des fiches sont en cours d’élaboration et vous seront bientôt communiquées. Mais il est nécessaire de proposer dès à présent des orientations et objectifs concernant la demande de  » quelque chose à l’Église », exprimée par des personnes divorcées, à l’occasion de leur remariage civil. Les textes de plusieurs diocèses de France ont été publiés. Ceux des diocèses de Luçon (à l’adresse des prêtres et des diacres) et de Cambrai (orientation diocésaine) m’ont paru très proches de la démarche initiée en Loire Atlantique. Ces quelques pages s’en inspirent.
Que ceux qui demandent « quelque chose à l’Église » puissent découvrir un peu plus dans nos comportements le vrai visage de l’Église et cheminer dans la foi.

Des personnes divorcées, à l’occasion de leur remariage civil, demandent « quelque chose à l’Église »
Comment accueillir une telle demande avec clarté et bienveillance ?

Accueillir

Accueillir, c’est d’abord bien accueillir en créant la confiance avec ceux et celles qui viennent nous rencontrer. Une personne divorcée, quelles qu’aient pu être les raisons de son divorce civil et sa part de responsabilité, a vécu une expérience éprouvante dont elle demeure blessée.
Elle ne veut (ne peut) pas toujours en parler. L’accueil requiert le sens de l’écoute, l’art de la rencontre.

Accueillir, c’est respecter leur nouveau projet de couple.
Un avenir s’est ouvert devant eux. Ils veulent d’autant mieux l’assurer et le réussir qu’ils ont connu l’échec.


Accueillir, c’est entendre la demande qu’ils adressent à l’Église:
demande souvent maladroite, jusque dans la formulation de ses exigences. Ils savent le plus souvent qu’ils ne peuvent se marier religieusement. Ils souhaitent  » passer à l’Église « , « une bénédiction « ,  » un temps de prière « . Dans ce qu’ils vivent comme  » un redépart « , ils veulent donner sa place à Dieu.


Accueillir, c’est aussi indiquer aux époux séparés ou divorcés que le mariage religieux, en certains cas, peut être déclaré nul par l’Église.

Discerner


Quelques points d’attention pour ne pas faire comme si……comme si le sacrement de mariage n’avait pas été célébré par l’un ou par l’autre.

C’est de son Seigneur que l’Église reçoit les sacrements qu’elle célèbre. Elle n’en fait pas ce qu’elle veut. Sa mission s’enracine dans sa fidélité à la Parole du Christ:  » Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer  » (Marc 10, 9).

.
.. comme si le passé conjugal et familial n’existait plus. Un divorce ne gomme pas le passé. Toutes les tensions ne sont pas apaisées. Des obligations de justice à l’égard du premier conjoint et des enfants ne sont pas supprimées. Instaurer un dialogue en ces domaines requiert beaucoup de tact, mais éviter tout ce qui ressemblerait à un interrogatoire ne dispense pas de favoriser un climat de vérité.


… comme si la prière demandée à l’Église n’avait aucune incidence sur l’entourage et au-delà.Actuellement, avec la multiplication des divorces, l’institution du mariage et de la famille est fragilisée. Pour de nombreux époux, la fidélité n’est pas sans épreuve. L’Église se doit d’encourager ceux qui vivent la fidélité dans le mariage. Une prière trop festive à l’occasion d’un remariage civil ne convient donc pas.


comme si étaient oubliés ou non reconnus ceux qui font le choix de ne pas se remarier pour rester fidèles à leur premier conjoint, au delà de la séparation.Leur témoignage est vraiment d’un grand prix. Ils ne doivent pas se sentir blessés par notre façon d’accueillir ceux qui font le choix de se remarier et de répondre à leur souhait de prière.

La prière demandée  » ne peut pas prendre la forme d’une célébration qui présenterait les signes extérieurs d’un mariage sacramentel  »
(les évêques de France – Lourdes 2002)

Toute ambiguïté entre ce que nous proposerons et le rituel du mariage doit
être évitée. Il en résulte plusieurs conséquences :

Sur le moment de la prière


Le mieux est d’envisager pour ce temps de prière un autre jour que celui du remariage civil.
Cela n’est pas toujours possible. Le jour le plus souvent demandé avec insistance est celui du remariage à la mairie, parce que les familles et les amis sont là. Il est alors nécessaire de situer le temps de prière avant la cérémonie à la mairie. Y participent ceux et celles qui veulent vraiment prier à cette occasion. Il est donc préférable que l’invitation à ce temps de prière ne figure pas sur le faire-part mais sur un carton d’invitation distinct.

Sur le lieu de la prière.
C’est une des questions les plus sensibles. Souvent le couple souhaite l’église paroissiale. Il faudrait ne l’accepter que de manière exceptionnelle.
Pour éviter les confusions dommageables et garder à cette prière son caractère privé, amical et familial, on proposera toujours un autre lieu: le domicile familial, une salle paroissiale (en veillant à ce que ce lieu soit vraiment accueillant et propice à la prière), un oratoire, voire une chapelle.

Sur la forme
Après l’accueil de celui qui conduit la prière on pourra:

o Entendre le couple s’exprimer sur la signification de ce temps de prière.
o Se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu.
o Faire écho à cette Parole dans un commentaire, un partage.
o Faire une prière d’intercession s’achevant par le Notre Père.

Proposer

Bénir et offrir aux conjoints une croix ou une image sainte à placer dans leur domicile. Il n’y aura ni  » échange de consentements « , ni  » bénédiction et échange d’alliances « , ni  » bénédiction nuptiale « , ni  » signatures « .

Si celui qui conduit la prière est prêtre ou diacre, il ne portera pas de vêtement liturgique.


Dans le choix des chants et des musiques, dans la manière dont sont disposées les personnes, Il faut veiller à éviter toute ambiguïté et rechercher une grande simplicité.

Donner suite

Nous avons à favoriser la participation des personnes divorcées remariées à la vie de la communauté. Quelque échec ou quelque épreuve qu’il ait connu, un baptisé confirmé a toujours sa place et sa mission dans sa communauté d’Église. Il est invité à se joindre aux autres chrétiens, le dimanche, pour la célébration eucharistique ; il participe avec eux aux activités caritatives de l’Église, à ses mouvements apostoliques, à l’animation catéchétique…
Nous devons veiller à la qualité d’accueil de nos communautés par rapport à toutes ces personnes.
Un certain nombre de personnes divorcées remariées comprennent pourquoi elles ne doivent pas manquer à la pratique fidèle du dimanche alors que l’Église leur demande de ne pas communier du fait même de leur remariage. Que ces personnes sachent bien que leur écoute de la Parole, leur participation à la prière de l’Église, leur désir de communion, la charité qu’elles vivent au quotidien, les mettent réellement en relation avec le Christ.
Malgré la demande fondée de l’Église, des personnes divorcées remariées
viennent communier. C’est un fait. Dans la plupart des cas, le célébrant ne
les connaît pas. S’il les connaît, il serait odieux de les renvoyer publiquement.
Dans ce cas, l’attitude pastorale la meilleure consiste à leur expliquer fraternellement, dès que possible, le sens et les enjeux de la position de l’Église.
Un tel dialogue renvoie toujours à la conscience  » centre le plus secret de
l’homme, sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre  »
(Concile Vatican II).
Et n’oublions pas que si chacun est responsable devant sa conscience, il est aussi responsable de sa conscience. Il est très important que dans le diocèse soient faites des propositions auxquelles les personnes séparées, divorcées et divorcées remariées, sont invitées pour un temps d’écoute de la Parole, de réflexion, de prière et de
partage. Les Centres spirituels, les Paroisses, en lien avec le Service de la Pastorale Familiale, ont déjà pris et prendront des initiatives dans ce sens (comme celle qui a déjà eu lieu le 23 février 2003, au Centre des Naudières :  » Le pardon, après une déchirure, est-ce possible ? »)

Supplément à Eglise de Nantes n° 21
13 décembre 2003
Document disponible au
Service diocésain de la pastorale familiale
43, rue Gaston Turpin – 44000 Nantes
tel 02 40 74 72 87

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