féminin et féminisme

Entre féminin et féminisme, la lecture biblique des femmes exégètes protestantes, selon E. Parmentier

Mars 2017, article d’Élisabeth Parmentier dans le mensuel Donne, Chiese, Mondo

Élisabeth Parmentier

L’Osservatore Romano a publié dans son mensuel Donne, Chiesa, Mondo de mars 2017 sur la Réforme un article d’Élisabeth Parmentier, pasteure de l’Église luthérienne d’Alsace-Lorraine et professeur à la faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg. Dans son texte, Élisabeth Parmentier s’intéresse à la longue réforme initiée par des femmes protestantes, à travers une relecture des textes bibliques afin de libérer la femme des stéréotypes qui l’entourait. Ainsi, partant d’auteures du XIXe siècle, E. Parmentier montre le chemin parcouru par des femmes allant d’un féminisme social à une théologie féminine. C’est à partir du moment où des exégètes féministes se sont investies dans une lecture libératrice des textes bibliques que la figure de la femme a commencé à être réhabilitée dans les milieux chrétiens, et mieux, la figure féminine de Dieu, précise-t-elle. Pour elle, « les exégètes femmes ont contribué à un vrai renouvellement de la lecture biblique et à un engouement pour une diversification des méthodes » plutôt que sur la seule méthode « androcentrée » de la théologie.

La DC

Qu’arriva-t-il lorsque les femmes protestantes devinrent biblistes ? Elles découvrirent que les textes bibliques qui les avaient réduites à être un « sexe faible » ou des séductrices étaient des lectures faussées par des cultures antiques. Il fallait donc, selon les pionnières, « sauver la Bible » de ces enfermements.

La recherche biblique, d’abord un féminisme social puis une théologie « féminine »

La contribution majeure des femmes protestantes, dès le XIXe siècle, fut la relecture des textes bibliques traditionnellement employés pour argumenter la sujétion des femmes, avec la perspective d’une libération des stéréotypes. Sarah et sa sœur Angelina Grimké, quakers américaines, écrivirent en 1838 les Lettres sur l’égalité des sexes (Labor et Fides, 2016, traduit par Michel Grandjean) réclamant l’abolition de l’esclavage et les droits des femmes. Elizabeth Cady Stanton publia avec un groupe de 20 femmes, entre 1895 et 1898, une « Bible de femmes » (Woman’s Bible) qui sélectionnait les passages traitant des femmes selon une appréciation très critique.

Elles furent peu suivies, même par les femmes biblistes, mais la rébellion exigeait qu’on revienne aux textes avec soin, à partir d’études de théologie et de recherche biblique. Antoinette Brown, congrégationaliste, fut l’une des premières étudiantes en théologie en Ohio (en 1847). Elle analysa les épîtres pauliniennes en expliquant que les excès condamnés par l’apôtre en son temps ne pouvaient être transposés au XIXe siècle.

Ces biblistes furent aidées par l’exégèse historico-critique qui s’opposait aux lectures littéralistes qui leur imposaient des rôles figés dans leurs